13 siècles d’histoire sous les pavés de la Grand-Place de Quaregnon

Ces derniers mois, Quaregnon a été le théâtre d’une intervention archéologique préventive au cœur même de sa Grand-Place. Cette fouille s’est inscrite en amont d’un projet de rénovation du centre urbain, mis en œuvre par l’Administration communale. Au vu des délais impartis, la fouille s’est concentrée sur le centre de la place communale, aux environs immédiats de la tour Saint-Quentin, monument classé depuis 1980. La première phase d’intervention, conjointement menée par le Service de l’Archéologie de la Direction du Hainaut du Service Public de Wallonie et l’asbl Recherches et Prospections Archéologiques en Wallonie, s’est achevée ce 26 août 2007. Au terme des 4 mois et demi de recherches ce sont 1300 ans de l’histoire quaregnonnaise qui ont été exhumés. Les vestiges découverts illustrent une occupation ininterrompue du site depuis le milieu du VIIème siècle après J-C. Au travers des vestiges des églises successives dédiées à Saint-Quentin, du village médiéval et d’un cimetière mérovingien, ce sont toutes les facettes de la vie quotidienne de l’ancienne cité minière qui ont été mises au jour.

Le site de la Grand-Place de Quaregnon fut initialement occupé par un petit cimetière mérovingien d’une dizaine de tombes, positionné sur un léger promontoire dominant la plaine alluviale du Rieu du Coeur. Son installation a dû s’initier au milieu du VIIème siècle et perdurer jusqu’au début du VIIIeme siècle. Une seule sépulture a livré du matériel archéologique. Il s’agit de la tombe d'une femme, exceptionnelle par la richesse de son mobilier : outre un collier et un bracelet de perles en pâte de verre et d’ambre, des fibules ansées en alliage de cuivre et divers accessoires de vêtement, elle contenait une fibule discoïde en alliage de cuivre et or, remarquable par sa finesse d’exécution et son parfait état de conservation. La position sociale privilégiée de la défunte ne fait aucun doute.

Ce cimetière, probablement situé en marge d’un domaine, est rapidement englobé par une petite agglomération rurale. Dès le IXème siècle, le site est investi par de nombreuses structures domestiques. Fosses, maisons de bois et torchis forment un établissement qui est désormais délimité par le tracé de larges fossés. La fouille réalisée au nord de la tour Saint-Quentin a notamment permis l’exploration de silos à grains parfaitement conservés et d’habitats excavés -ou fonds de cabanes- dont les exemples sont encore trop rares pour la région. A l’emplacement du cimetière mérovingien s’implante alors un bâtiment en bois, rectangulaire, protégeant notamment des silos à grains .

C’est précisément cette dernière construction, oblitérant le cimetière mérovingien qui sera à l’origine d’un édifice majeur de l’agglomération rurale quaregnonnaise .C’est sans doute au cours du Xème siècle que ce bâtiment à vocation civile fut pourvu d’une façade sur solin côté ouest et d’un resserrement côté est, lui conférant l’allure d’un édifice rectangulaire orienté pourvu d’un chœur. La vocation religieuse de l’édifice n’est pas à exclure ; peut-être pouvons-nous déjà y voir un premier oratoire, dédié à Saint-Quentin.

C’est au plus tard au XIème siècle qu’apparut la première église Saint-Quentin édifiée en moellons de grès. Cet édifice vient se superposer parfaitement au plan tracé précédemment.  Ce bâtiment de style roman, à nef unique, fut progressivement agrandi entre les XIème et XVème siècles par l’adjonction d’une tour, d’un portique d’entrée et de collatéraux. La fouille du cimetière adjacent et des sépultures placées in capella a livré un panel varié et éloquent de typologies funéraires, telle cette tombe d’ecclésiastique inhumé avec un très bel exemplaire de calice en verre.

Durant la seconde moitié du XVème siècle, l’église est en grande partie reconstruite et son volume augmenté : l’église Saint-Quentin adopte un style gothique particulièrement perceptible dans les aménagements des collatéraux, de la partie supérieure de la tour d’entrée et du chœur à pans coupés. Cet édifice, fortement altéré par les phases postérieures, a néanmoins livré quelques éléments de ses aménagements internes : carrelages en terre cuite vernissée, fragment de décor sur enduit peint. Les sépultures contemporaines sont caractérisées par l’usage systématique du cercueil en bois et l’absence totale de dépôt matériel.

Au milieu du XVIIIème siècle, Quaregnon se dote d’une nouvelle église : le complexe religieux médiéval est rasé, faisant place à un bâtiment à peine plus grand, cerné d’un vaste cimetière clôturé. De l’édifice médiéval n’est conservée que la tour de façade en moellons de grès, qui sera intégrée à la nouvelle construction de briques. Déstabilisé par les exploitations minières, menaçant de s’effondrer, cette dernière église est rasée en 1928. Seule la tour Saint-Quentin témoigne encore à ce jour de la vocation religieuse et funéraire du site.

Depuis lors, l’espace public a repris ses droits, réaffectant les lieux en monument aux morts, parterres de fleurs et depuis peu, sous la forme d’une place ouverte entièrement rénovée. Toutefois, les indices archéologiques ne sont pas totalement effacés. La nouvelle place communale s’imprègne en effet de la marque du passé en restituant, dans son pavage, le tracé de l’église du XVème siècle, contemporaine du dernier état d’aménagement de la tour Saint-Quentin.


Le matériel archéologique découvert lors des fouilles fera prochainement l’objet d’une restauration et d’une étude qui ne manquera pas d’affiner les jalons chronologiques de cette occupation. Cependant, on peut d’ores et déjà souligner la richesse, la diversité et la qualité des ensembles mis au jour. Les structures construites, témoins des différents édifices religieux et de l’habitat éclaireront, au terme d’une étude pluridisciplinaire, l’histoire du développement de la ville depuis ses origines.


Les découvertes réalisées au cours de ces travaux archéologiques mettent à nouveau en exergue tout l’intérêt des fouilles préventives réalisées au cœur des villes et des villages de Wallonie. Le très bon état de conservation des sites récemment urbanisés permet en effet d’accéder aux origines de nos cités et d’apprécier toute la richesse du patrimoine régional.


En 2008, les recherches archéologiques se poursuivront sur la moitié sud de la Grand-Place. Gageons que cette seconde campagne de fouille révèle encore des vestiges insoupçonnées de l’histoire de Quaregnon.

Marceline Denis
Archéologue RPAW asbl


 

Cercle d’histoire et d’archéologie de

Saint-Ghislain et de la région