Trésor caché à Wasmuel 

 

Des fresques inscrites à l'inventaire du patrimoine sont recouvertes de « gyproc » depuis les années 70.

 

Le chœur de l'église de Wasmuel présente un fond très banal. Un mur uni, un peu défraîchi. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Sous les plaques de plâtre blanchies sont dissimulées des peintures murales qu'en son temps l'IRPA (Institut royal du patrimoine artistique) avait pourtant jugées dignes de figurer à l'inventaire ! La fabrique d'église voudrait les remettre au jour.

José Cupido, membre de l'EAP de Quaregnon-Wasmuel, rêverait de l'attaquer tout de suite au pied-de-biche, cette paroi de plâtre (des plaques du genre « gyproc ») qui tapisse le fond du chœur de l'église de Wasmuel. En bon historien qu'il est, Jean-Marie Cauchies, président de la fabrique d'église, tempère sa fougue. Il mènera d'abord des recherches dans les archives, et s'inquiétera du financement d'éventuels travaux, avant d'entreprendre quoi que ce soit.

De doute pourtant, il n'en a guère, sur la présence et la beauté de ces peintures murales : il les a lui-même eues sous les yeux pendant de longues années, car il fréquente l'église de la Sainte-Vierge à Wasmuel depuis son adolescence. « Les quatre évangélistes étaient représentés en grand, dit-il, de la hauteur des fûts des colonnes, de part et d'autre de l'autel. Un décor rare ! C'était très élégant, je m'en souviens très bien. Et au-dessus, sous la voûte, Dieu le père et les anges. »

 

L'inventaire du patrimoine dressé en son temps par l'IRPA comporte une photo en noir et blanc de ces fresques. Il s'agirait, plus précisément, de peintures sur toile marouflée (c'est-à-dire collée sur le mur), nous apprend l'inventaire.

 

Si l'église a été bâtie en 1826, les peintures murales, elles, sont postérieures. Elles datent de la toute fin du XIXe siècle ou du tout début du XXe. Elles avaient conservé leur fraîcheur, se souvient Jean-Marie Cauchies, quand on a pourtant décidé de les cacher, dans les années 1970. « Mais pourquoi ? », s'indigne José Cupido.

L'abbé Gobert, curé de cette paroisse à l'époque, n'est plus de ce monde pour l'expliquer. On en est réduit à des hypothèses. « Après le concile Vatican II, on a recherché une plus grande sobriété, avance Jean-Marie Cauchies. Dans certaines églises on a ôté des statues de saint, on les a parfois même détruites au marteau (des statues de plâtre sans aucune valeur artistique, naturellement). Ici, est-ce pour cette raison qu'on a recouvert les fresques et tout peint en blanc, par volonté de simplicité ? C'est possible. » De plus le style pictural de la « belle époque » était jugé sans intérêt dans les années septante. « On trouvait ça ringard. Ce n'était pas de l'hostilité, plutôt de l'indifférence. »

 

Quelles qu'aient été les motivations de ceux qui ont voulu faire disparaître ces peintures murales il y a environ une quarantaine d'années, le désir de la fabrique d'église aujourd'hui est de les ramener à la lumière.

 

Mais, après plusieurs décennies coincées entre mur et gyproc, dans quel état sont-elles ? Avait-on cloué un lattage dessus, sans ménagement, pour y fixer les plaques de plâtre ? Mystère. Il faudra essayer de se faire une idée de l'état de conservation de ces œuvres avant de démolir toute la paroi. « L'enquête » de la fabrique d'église wasmuelloise ne fait que commencer.

 

Source : Corinne Toubeau, La Province

du jeudi 9 novembre 2017 (photo : IRPA).